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Que voulez-vous dans Marianne Belgique

Musique

MLB – "Que voulez-vous ?"


Posté par Olivier Rossignot le 2013-05-26

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Marie-Laure Béraud n’en est pas à son premier coup d’essai,  Que voulez-vous ? étant son quatrième album (si l’on excepte Rough son album de jazz sorti cette année exclusivement en vinyle). Marie-Laure est écrivain, poétesse, chanteuse mais avoue que l’écriture des chansons est pour elle un point d’ancrage, qu’il l’a conduit ensuite vers la poésie et d'autres exercices littéraires. La musique a toujours été sa priorité. Les premiers accords tout en réverbération nous entrainent d’emblée dans un climat nocturne et enfumé, comme transportés dans un vieux bar dans lequel tinteraient les verres et les conversations, jusqu’au matin. Marie-Laure Béraud immerge dans un univers qui en évoque parfois d’autres, celui de vieux oiseaux dont le whisky nourrit la voix rocailleuse. On y rencontrera les ombres du romantisme éraillé de Tom Waits, ou la voix caressante des cordes électriques d’Elysian Fields ou Mazzy Star comme sur la très belle "November" . Lorsque Mariie-Laure Béraud nous entraine dans une atmosphère intime qui sent les vapeurs d’alcool ("Salamanca") on se croirait revenu au bon vieux temps de Rain Dogs, entre cette saturation métallique et cet appel du blues, un Tom Waits que viendrait courtiser Marianne Faithfull, la cigarette au bec. Avec "What" retentit plus encore l’héritage de Marianne dans ce mélange de saturation et de sensualité.  Si les affinités sont évidentes, il s’agit moins de mimétisme que d’atmosphère commune, Que voulez-vous ? étant un pur album de climat dont on s’imprègne, porté par la voix caressante et cassée de la chanteuse. .. Dans la chanson titre, entre séduction et ironie, la belle vampe celui sur lequel elle a jeté son dévolu, et cherche à le faire céder en avouant franc jeu sa nature et ses convictions, son absence d’illusion et de candeur. "Je sais que je suis volage/ Quand un oiseau se frotte à mon plumage/ ou quand sur l’arbre que j’avais choisi/ commencent à pousser des grappes pourries". Unions déçues, errance, heures d’ennui, c’est un spleen embrumé et noctambule qu’illustre Marie Laure Béraud. Elle chante les chagrins d’amour "aux yeux plein de larmes", mais leur offre des tangos ou des sambas, ou les teintes d’ambiance cabaret, comme dans "Salamenco" ou la chanson réaliste est rattrapée par le rock progressif, un peu comme Juliette perdue chez Rodolphe Burger. La mise en musique de la « complainte des cons » de Queneau convainc moins, car peut-être un peu trop sur un mode de gouaille parisienne et déclamatrice, mais il est toujours bon de réentendre les mots du poète et son ironie du désespoir. Mais lorsqu’elle revisite le "Days" des Kinks pour l’un des plus beaux moments de cet album, c’est pour offrir une reprise toute en langueur qui fait durer le plaisir.
 
 
La musique de Marie-Laure poursuit ses nuits blanches, ses heures bleues au fil de l’album, en français, en anglais ou en allemand. Lorsqu’elle touche à la langue de Kurt Weill l’expressionnisme brechtien n’est jamais très loin mais le gothique félin des premiers albums de Siouxsie non plus. Sa voix traine délicieusement sur la reprise de "Der wind hat mir ein lied erzählt". Et toujours ce plaisir persistant de ne pas voir le jour se lever, de jouer les vampires avec elle. Mixé à Bruxelles, l'album a été enregistré à Ostende (la patrie de son ex-mari Arno pour lequel elle écrivit quelques textes) dans des conditions live créant ce son si particulier, cette ambiance de rugosité hypnotique qui ne fonctionnerait probablement pas aussi bien sans la qualité du trio qui l’entoure : Bert Dockx aux guitares, Frédéric Jacques à la basse et Yannick Dupont à la batterie. Au travers de ce son rock et électrique, on entrevoit des lumières diffuses, des ciels nuageux, gris mauves sous les lumières urbaines. Les heures passent, à la manière de ces nuages en accéléré du cinéma américain. Ces aubes et crépuscules défilant inlassablement pourrait être ceux des premiers Wenders, dans l’errance « au fil du temps ». Des âmes errantes, des cœurs brisés, des épaves et des étreintes douloureuses et achevées. Les sentiments sont éteints mais on rêverait de les ranimer.
Ici, la suavité enveloppe le tourment. Et c’est de cette fragilité qui émerge d’une voix pourtant si sûre - en apparence -que naît cette émotion de la faille, de la brisure. La nuit va s’achever, il nous reste juste quelques heures avant le lever du jour. La voix piège, alcoolise, poussant à l’envie de reprendre un verre au dessous des néons, à ne pas être tout à fait sobre …au désir de prolonger les heures pour remettre au lendemain le moment de rejoindre son lit.


 


Marie-Laure sur France Culture

Le 30 septembre à 23heures Marie-Laure sera interviewée par Hélène Hazera dans son émission "Chanson Boum"
 

Biographie
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